Le nom Éwanjé-Épée évoque spontanément deux sœurs, deux disciplines, deux trajectoires parallèles dans l’athlétisme français. Monique sur le 100 m haies, Maryse au saut en hauteur. Mesurer ce que chacune a apporté au sport français suppose de dépasser le simple palmarès pour examiner les données de carrière, les records, et surtout ce qui s’est construit après la compétition.
Palmarès comparé des sœurs Éwanjé-Épée en athlétisme
Les deux sœurs ont évolué à des niveaux internationaux comparables, mais dans des registres techniques très différents. Le tableau ci-dessous rassemble les éléments vérifiables de leurs parcours respectifs.
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| Critère | Monique Éwanjé-Épée | Maryse Éwanjé-Épée |
|---|---|---|
| Discipline principale | 100 m haies | Saut en hauteur |
| Autres disciplines pratiquées | – | 100 m haies, heptathlon, saut en longueur |
| Période d’activité | Années 1980 | 1983-1995 |
| Titres nationaux | Championne de France du 100 m haies | Multiples titres de championne de France (saut en hauteur, 100 m haies, heptathlon) |
| Meilleur résultat international | Compétitions internationales (détail non sourcé) | Médaille de bronze aux championnats d’Europe en salle 1983, argent en 1984 |
| Jeux olympiques | – | 4e aux JO de Los Angeles 1984 |
| Record de France en salle (hauteur) | – | 1,95 m |
| Clubs | – | Montpellier UC, US Créteil, Racing Club de France |
| Reconversion | Énergéticienne | Journaliste sportive, éducatrice, conférencière |
Maryse se distingue par une polyvalence rare : avant de se spécialiser dans le saut en hauteur, elle a d’abord été championne de France de 100 m haies et d’heptathlon. Cette capacité à dominer plusieurs disciplines chez les jeunes entre 1982 et 1985 reste un fait peu courant dans l’athlétisme français.

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Record de France et Jeux olympiques de Los Angeles 1984
Deux performances cristallisent la carrière de Maryse Éwanjé-Épée. La première : sa médaille de bronze décrochée aux championnats d’Europe en salle de Budapest en 1983, avec un record de France à 1,92 m, alors qu’elle n’avait que dix-huit ans.
La seconde, plus marquante encore : les championnats d’Europe en salle de 1984, où elle porte le record de France à 1,95 m et décroche l’argent derrière l’Allemande Ulrike Meyfarth, légende de la discipline. La même année, aux Jeux olympiques de Los Angeles, Maryse termine quatrième, au pied du podium.
Cette quatrième place aux JO mérite qu’on s’y arrête. Elle illustre l’écart minimal qui sépare une médaillée olympique d’une athlète oubliée du grand public. Le saut en hauteur féminin de cette époque concentrait un niveau de concurrence extrême, avec des athlètes est-européennes bénéficiant de structures d’État.
Un séjour formateur à l’Université d’Arizona
Après les Jeux de Los Angeles, Maryse rejoint l’Université d’Arizona à Tucson. Ce passage par le système universitaire américain, rare pour une athlète française des années 1980, a prolongé sa carrière active jusqu’en 1995. Il a aussi préfiguré un modèle que d’autres athlètes français adopteraient plus tard.
Reconversion dans les médias et engagement éducatif
La transition entre la compétition et la vie professionnelle constitue un angle trop souvent réduit à une anecdote dans les portraits d’athlètes. Pour Maryse Éwanjé-Épée, cette reconversion s’est structurée autour de deux axes : le journalisme sportif et l’éducation par le sport.
En tant que journaliste, elle a contribué à démocratiser l’athlétisme dans les médias français, à une période où la discipline peinait à exister hors des grandes compétitions internationales. Sa légitimité d’ancienne championne lui a permis d’occuper un espace que peu d’ex-athlètes féminines investissaient alors.
Prévention de la rupture identitaire chez les sportifs de haut niveau
Ses interventions récentes dans des conférences et tables rondes portent sur un sujet précis : la prévention de la rupture identitaire à la fin de carrière sportive. Ce terme désigne le choc psychologique que vivent des athlètes dont l’identité personnelle s’est construite exclusivement autour de la performance.
L’accompagnement psychologique spécifique pour les athlètes de haut niveau reste un domaine sous-documenté en France. Maryse Éwanjé-Épée y apporte un témoignage structuré, nourri par son propre parcours de transition et par des échanges avec des professionnels de santé mentale.

Sport, éducation citoyenne et héritages culturels
Au-delà du témoignage d’ancienne championne, Maryse Éwanjé-Épée intervient dans des formations d’entraîneurs et des modules universitaires sur des thématiques qui dépassent la technique sportive :
- Le sport comme outil d’éducation citoyenne : respect des règles, égalité filles-garçons, lutte contre les discriminations, autant de sujets qu’elle aborde avec un ancrage concret lié à sa pratique de terrain
- La transmission des valeurs sportives aux jeunes publics, en particulier dans les quartiers où l’accès aux structures d’entraînement reste inégal
- L’articulation entre trajectoires migratoires, ascension sociale par le sport et transmission culturelle, une dimension qu’elle relie à son histoire familiale et aux héritages afro-descendants
Cette implication dans des projets liant sport et cultures afro-descendantes dépasse le simple rappel biographique. Elle s’inscrit dans une démarche où le récit familial, les parcours migratoires et la réussite sportive se nourrissent mutuellement.
Monique Éwanjé-Épée : le 100 m haies et l’après-carrière
Monique, la sœur aînée, a elle aussi marqué le sprint français par ses titres de championne de France du 100 m haies. Sa reconversion a pris un chemin radicalement différent : elle exerce aujourd’hui comme énergéticienne, un choix qui tranche avec le monde du sport.
Dans un entretien récent, Monique évoquait son parcours avec un constat limpide : elle rêvait de devenir danseuse, inspirée par le film Fame, et s’est retrouvée championne d’athlétisme. Cette anecdote dit quelque chose de la part d’imprévu dans les carrières sportives, où le talent révélé à l’entraînement réoriente un projet de vie.
Elle souligne aussi l’importance de bien choisir son entourage pour gérer son mental, ses finances et son image, trois piliers que beaucoup d’athlètes négligent pendant leur carrière active.
Les parcours des sœurs Éwanjé-Épée dessinent deux versions d’une même exigence : performer au plus haut niveau en athlétisme, puis construire une seconde vie sans filet prédéfini. Le record de France de Maryse à 1,95 m reste inscrit dans les annales. Les engagements éducatifs et sociaux des deux sœurs, eux, continuent de produire leurs effets bien après les chronos et les barres franchies.

